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Association des urologues du Québec
Histoire de l'urologie montréalaise

Jean Charbonneau MD

Conférence prononcée lors du congrès de l'Association canadienne d'urologie tenu à l'hôtel Reine Elisabeth de Montréal et publiée dans l'Union Médicale du Canada, Tome 114, Février 1982, 98-104.

 


En vous accueillant aujourd'hui dans cette grande cité où les traditions de notre Québec sont un gage de progrès pour notre Canada, je voudrais tout de suite vous dire, avec une joie et une sincérité profondes, ce mot que vous avez entendu, ici, souvent et dans tous les milieux "bienvenue".

Toutefois, avant d'aborder le domaine purement médical qui nous sollicite, permettez-moi de jeter un regard en arrière, et, sur cette longue route des années passées, d'évoquer il l'œuvre et le souvenir de ceux qui, par leur travail, leurs recherches, leur patience, leurs luttes et leurs peines, ont ouvert la voie aux réalisations d'aujourd’hui. Rassurez-vous, je ne vous infligerai pas un historique précis et fastidieux. Je tiens seulement à exprimer à ceux qui nous ont précédés, à nos maîtres d'hier, à ceux qui nous ont enseigné l'art de l'urologie, des sentiments de reconnaissance et de fidélité. Dans un monde de plus en plus conditionné par l'informatique, par la rapidité inconcevable des bonds en avant de toutes les technologies modernes ou futuristes, nous avons la sensation de vivre plus vite, de passer plus vite, ce qui me fait croire que nous serons ou blés plus vite. Voilà pourquoi j'ai tenu à adresser cet hommage à nos devanciers , auxquels nous devons d'être ce que nous sommes et ce que nous représentons dans la société. Quelles que soient nos nationalités, nos habitudes, nos écoles et leurs options, quelles que soient aussi les positions diverses et bien normales qui peuvent nous définir, il y a, au-delà de ces apparentes divergences, l'exigence plus haute et plus positive d'une fraternité de métier, une fraternité qui nous rassemble tous dans le désir premier d'apporter à nos semblables non pas un éternel printemps! mais au moins un soulagement de leurs misères. C'est Pasteur, je pense, qui disait : "Je ne te demande pas quel est ton pays, ta race ou ta religion, mais quelle est ta souffrance." Eh bien, même si jamais nous n'arriverons à la supprimer complètement, cette souffrance, nous sommes là, du moins, mes chères confrères, pour l’empêcher de s’étendre, pour la réduire aussi, et pour trouver, dans cette lutte exaltante, toutes les raisons de croire à ce que j'oseraies appeler notre vocation sociale et humanitaire.

L'hôpital Royal Victoria (1917-1967)

La dynastie MacKenzie

David Wallace MacKenzie était âgé de 43 ans lorsqu'il devint chef. du département en janvier 1917. L'ère de MacKenzie en fut une de formation, la sienne d'abord puisqu'il apprit beaucoup pendant cette période, et celle aussi de tous ceux à qui il enseigna.

Avant la création du service d'urologie, c'étaient les chirurgiens généraux qui faisaient les opérations de l'appareil urinaire. Malgré leurs réticences, le service fut créé et vite reconnu. Dès le début, cette jeune clinique canadienne établit des rapports avec des cliniques américaines, et plus particulièrement avec la clinique Keynes à New York.

David MacKenzie était reconnu comme un perfectionniste, voire même un tyran, surtout en ce qui avait trait à la rédaction de l'histoire médicale, aux examens physiques et aux soins des patients. En chirurgie, son jugement était excellent et il transmit à ses résidents des principes de chirurgie qui leur furent souvent fort utiles. Il était un bon chirurgien, propre, prudent et méticuleux pas moins que des milliers de jeunes urologues d'aujourd'hui qui reçoivent une longue formation qui n'existait pas alors. Les transfusions sanguines n'existaient pas à cette époque. Ce n'est que plus tard que les chirurgiens en bénéficièrent. Le docteur Mark Kaufmann, qui devint plus tard le premier chirurgien en chef à l'hôpital Jewish Général, était l'un des jeunes hommes affectés au perfectionnement. de la technique de la transfusion. À ce moment-là, même l'utilisation de sérums intraveineux, pourtant si courante aujourd'hui, était un traitement qui ne se faisait pas sans une certaine appréhension. Les internes n’étaient pas encore « syndiqués ». Il n’y avait pas de garde précis. Et surtout il n’y avait pas de droits aquis tels des congés à 17 heures tous les deux jours ou des congés de fin de semaine une fois sur deux., Bien que sous MacKenzie la formation eu urologie ne fût pas aussi étendue qu'elle l'est aujourd'hui, les médecins recevaient une certaine base qui. leur permirent de s'adapter aux nombreux changements en chirurgie urologique et aux nouvelles connaissances concernant la physiologie et la pathologie des organes génito-urinaires. Certains de ces urologues devinrent chef dans d'autres centres. Par exemple, Edmond J. Dally devint chef de la division d'urologie à l'hôpital de Jersey City ; Robert Hotchkiss, une autorité en matière de fertilité masculine, devint chef du département d'urologie à l'hôpital Bellevue ; N.E. Berry mit sur pied le département d'urologie à l'hôpital Kingston Général ; et enfin, son frère Victor devint chef à l'hôpital Ottawa Civic. David MacKenzie prit sa retraite en 1939, à l'âge de 65 ans.

La dynastie Smith, (1939-1955)

En 1939, Emerson Charles Smith succéda à Wallace MacKenzie en tant que deuxième urologue en chef de l'hôpital Royal Victoria. Emmy Smith était alors âgé de 46 ans et il occupa ce poste pendant 16 ans. En 1920, les docteurs Emerson Smith et Magnus Seng se joignirent à l'équipe du département d'urologie à titre d'assistants. Comme il était un homme très actif, tant physiquement que mentalement, Emerson Smith s'accommoda mal du climat qui prédominait ' à l'hôpital Royal Victoria à cette époque, climat qu'il trouvait trop renfermé, borné. Il alla donc à Edmonton où il devint urologue et professeur à l'école de médecine de l'université de l'Alberta à Edmonton. Après avoir occupé ce poste pendant 15 ans, il revint dans l'Est, à Ottawa, où il exerça l'urologie en cabinet privé pendant un court laps de temps. Dix-Sept ans après avoir quitté l'hôpital Royal Victoria, Emerson Smith y revint comme chef du département. Juste avant de remplacer MacKenzie, il se rendit en Europe pour étudier les cliniques d'urologie en Grande Bretagne, en Allemagne, dans les pays scandinaves, en France, en Belgique et en Hollande. Il s'était bien préparé à assumer son poste de direction. Une bonne partie des rénovations à l'intérieur de l'hôpital furent effectuées durant la période où Emerson Smith fut président du Bureau médical.

Son successeur Allan Hawthorne qui avait un grand respect des tissus et des organes, Emerson n'opérait pas toujours avec délicatesse. Il "entrait et sortait", une façon d'opérer qui a aussi ses qualités. Emerson Smith a laissé une marque importante à l'hôpital Royal Victoria.

Allan B. Hawthorne

Le docteur Allan B. Hawthorne a été urologue en chef de 1955 à 1959. Il était ferme, réfléchi, circonspect, un homme qui ne fallait pas brusquer. Il prenait le temps d'aller au fond des choses mais il savait également prendre des décisions et agir rapidement. Il était humain, bon et sympathique. Il aimait jouer au curling et pêcher le saumon il possédait une nappe d'eau à saumon sur la rivière Restigouche près de Campbellton au Nouveau Brunswick et il fut, à un moment donné, président de son club de curling, le Royal Montréal. Comme professeur et chirurgien, il était exceptionnel. Il avait un grand respect pour les tissus et les organes, ce qu'il enseignait aux autres. En 1927, Baldy Hawthorne devint membre de l'American Urological Association. Environ à ce moment là, l'association atteignit de telles proportions qu'il fallut créer des sections géographiques. Notre section s'appela d'abord Central Section puis North Eastern Section. Le docteur Hawthorne fut le quatrième Canadien élu président de la North Eastern Section. Baldy Hawthorne fit partie de la période de formation de la dynastie MacKenzie. Il fut un pilier de la dynastie Smith et un élément essentiel à son fonctionnement pragmatique et il laissa une base solide pour ce qui devait suivre sous la dynastie MacKinnon.

La dynastie MacKinnon, 1959-

En 1959, Kenneth Joseph Chisholm MacKinnon succéda à Allan B. Hawthorne en tant que quatrième urologue en chef de l'hôpital Royal Victoria. Ken MacKinnon arriva au bon moment. Grâce à sa personnalité et à son don de persuasion, il sut stimuler les esprits curieux et, tout aussi important, il sut choisir les bonnes personnes pour le seconder. En effet, il a réussi à avoir les gens qu'il voulait et l'argent nécessaire à la réalisation de ses projets. Un très bon programme de formation pour les résidents de McGill. Il s'étend sur 3 ans durant lesquels les résidents font un stage dans, chacun. des hôpitaux suivants : l'hôpital Royal Victoria, l'hôpital Montréal Général, l'hôpital Jewish Général et le centre hospitalier universitaire de Sherbrooke.

L'hôpital Royal Victoria et la recherche

Le département d'urologie

Au cours des années 60, la recherche s'intensifia au département d'urologie. Grâce à la recherche clinique et fondamentale, l'unité de transplantation devint hautement respectée .et reconnue tant au niveau national qu'international. La première transplantation rénale fut faite en 1957 entre jumeaux identiques. C'était la neuvième transplantation réussie à l’échelle mondiale et la première dans les pays du Commonwealth.

L'urologie à l'hôpital Montréal Général

C est probablement au tout début du siècle que l'urologie fut considérée comme une discipline. et un département distincts à l'hôpital Montréal Général avec l'arrivée du docteur R. P. Campbell. Ce chirurgien avait étudié les maladies génito-urinaires aux États-Unis. C'était un urologue très habile pour cette époque et très respecté. Il était un ami intime du docteur MacKenzie. En 1909, le docteur Frank Patch, formé lui aussi aux États-Unis, se joignit au docteur Campbell. Ils formèrent ensemble toute l'équipe d'urologie jusqu'au début de la Première Guerre mondiale en 1914. Le docteur Campbell se rendit en Europe avec l'armée canadienne et fut tué au front un an avant la fin des hostilités, en 1917. Le docteur Patch fut nommé chef du département des maladies génito-urinaires en 1917, poste qu'il occupa jusqu'à sa retraite en 1944. Ses collègues encore vivants se souviennent de lui comme Drun homme intègre.

Il était aussi très bavard et une conversation avec lui pouvait parfois être fastidieuse. On reconnaissait son jugement et son habileté comme en fait foi une remarque faite par le département de pathologie à l'effet que la mortalité et la morbidité urologiques augmentaient sensiblement en été lorsque le docteur Patch était en vacances. Après avoir pris sa retraite, il continua d'agir comme consultant pendant 4 à 5 ans. Il mourut en 1953 à l'âge de 75 ans. En 1944 le docteur Ralph Powell, formé à Johns Hopkins et membre de l'équipe du docteur Patch depuis 1921, lui succéda comme chef du département. Le docteur Grant Reid et au moins trois autres urologues se joignirent aux docteurs Patch et Powell en 1931. Bien que faisant partie du personnel de l'hôpital, les trois urologues avaient en fait peu de droits de regard en ce qui avait trait à l'admission des patients et aux opérations. Leur principale responsabilité était de s'occuper des cliniques externes dont l'achalandage était considérable. En effet, en 1943, on enregistra 11768 visites. Ce service connaissait un si grand succès qu'en 1944, on dut, à la demande de l'hôpital et de l'université, rappeler le docteur Reid d'outremer où il était parti en 1942 à titre d'officier commandant de l'ambulance divisionnaire canadienne no 6. Il existe évidemment peu d'écrits concernant les relations entre les médecins des départements d'urologie des hôpitaux affiliés à l'université McGill et rien du tout au sujet de, leurs relations avec leurs collègues franco phones. On a l'impression qu'il y avait une grande rivalité entre l'hôpital Royal Victoria et l'hôpital Montréal Général, rivalité qui dura jusqu'à tout récemment. Les communications étaient très certainement limitées au minimum me 1 me si les deux départements étaient tenus de se partager le fardeau de l'enseignement de premier cycle à l'université McGill. La formation, des résidents demeura complètement séparée jusqu'en 1967. C'est à ce moment seulement qu'un programme de formation complètement intégré fut établi. Le docteur Powell pris sa retraite en 1949. Son successeur, le docteur Grant Reid, occupa le poste d'urologue en chef jusqu'en 1967. La liste des médecins traitants serait incomplète si l'on ne mentionnait pas le docteur S.A. (Sandy) MacDonald qui se joignit à lé équipe du Montréal Général en 1945. Il avait été formé au Brady Institute et avait été dans la marine durant la Deuxième Guerre mondiale. "Sandy', était un excellent chirurgien, imaginatif et s'intéressant à la recherche, que plusieurs auraient vu comme chef.

L'hôpital Jewish Général (1934-1939)

Au même rythme que l'urologie devenait une spécialité reconnue. Au début, l'urologie n'était qu'un sous département du département de chirurgie mais sous l'excellente direction du regretté docteur Max Ratner, l'urologie acquit ses lettres de noblesse et obtint pleine représentation au Bureau médical en 1938. Les premiers membres du département étaient les docteurs Max Ratner, Moe Katz, A. Strasberg et A. Stilman. Le docteur David W. MacKenzie, professeur d'urologie à l'université McGill, agissait comme consultant auprès du département et aida le docteur Ratner à établir des bases solides pour l'exercice de l'urologie dans l'hôpital. Il contribua surtout à consolider la position de l'urologie en tant que spécialité en soi. Le docteur Ratner mourut jeune et fut remplacé au début des années 40 par le docteur Clarence Schneidennan qui réussit à intégrer son département au programme de formation de l'université McGill.

Dr Oscar Mercier

Le premier urologue canadien français qui a fait sa marque dans la spécialité, et qui est le père de l'urologie canadienne française, c'est le Dr Oscar Mercier que j'ai eu l'honneur d'avoir comme professeur. Après des études médicales à l'Université de Montréal, le jeune Mercier s'embarqua pour Paris en 1922 et s'inscrivit à la Faculté de médecine. Il devait en recevoir son titre deux ans plus tard. L'un de ses maîtres français conseilla au jeune médecin de se diriger vers la chirurgie de l'appareil urinaire. Il le présenta au grand maître de l'urologie française, le professeur Georges Marions. C'est ainsi que commença, en 1923, dans le service de Marion, la carrière si féconde et beaucoup trop brève du Dr Mercier. Pendant trois ans, il suivit ce grand maître qui lui enseigna tous les secrets de l'urologie, à tel point que, parlant de son élève canadien, Marions disait : "C'est mon meilleur élève." En 1926, le Dr Mercier revient au Canada, entre à l'Hôtel-Dieu, ouvre le premier service d'urologie au Canada Français. Les débuts sont pénibles, mais grâce à la compréhension des religieuses hospitalières de cet Hôtel-Dieu et la confiance de ses confrères d'alors, l'urologie s'individualise et, en 1927, le Dr Mercier a dix lits à sa disposition. En 1928, il devient chef du service d'urologie de la même institution. Son travail acharné, ses publications nombreuses, qui ne se limitent pas pas simplement aux journaux de la métropole mais s'étendent aux revues américaines et au "Journal d'urologie"', lui amènent de bonne heure des collaborateurs dévoués. Des conférences aux différentes associations de praticiens, des présentations de cas intéressants, des résultats heureux lui attirent la sympathie et l'encouragement de la clientèle. De plus, l'exécution apparemment simple et facile de certaines techniques, reconnues jusque là hasardeuses, éveille la curiosité des chercheurs et c'est ainsi que dès le début, le nom de Mercier se répand comme une traînée de poudre et les cadres de son service ne font que grandir. Au bout de quelques années, le nombre de lits s'est multiplié par dix. De partout les malades affluent pour bénéficier des soins compétents du jeune maître déjà grand. La respectueuse considération que lui témoignaient ses collègues anglais, était le fruit de la reconnaissance professionnelle que la valeur scientifique impose. Il leur avait fait comprendre l'importance clinique de l'École française, à tel point, qu'à la moindre réunion à Montréal d'un groupe d'urologues canadiens, ceux-ci. souhaitaient toujours être invités à l'Hôtel-Dieu : ils étaient assurés, en plus d'une cordiale réception, d'un programme technique des plus intéressants. Le traitement chirurgical. des affections des reins en fer à cheval, de l'urétrorraphie circulaire après résection du rétrécissement traumatique, un procédé personnel pour la cure de l'épispadias représentaient pour un grand nombre d'entre eux des nouveautés de première importance. Dans les rencontres à l’ étranger, Mercier jouissait également d'une popularité remarquable. Dans les discussions subséquentes aux présentations de travaux, il était toujours écouté religieusement et il ne craignait pas d'exposer ouvertement son opinion. Et c'est ainsi qu'il devint, par sa compétence. honnête et son mérite personnel, le porte parole des urologues canadiens français. Il fit partie d'un comité de trois membres chargé par le Collège Royal des Chirurgiens du Canada d'étudier les qualifications au certificat de spécialité, et il fut l'un des membres fondateurs de l'Association des urologues canadiens. Il était égale membre actif d'un grand nombre, de sociétés internationales. Comblé d'honneurs, arrivé encore jeune au sommet de la profession, Mercier aurait pu en raison de son épuisant labeur quotidien, ignorer les problèemes de ceux ceux qui le suivaient. Cependant, il nous accueillait toujours favorablement, il nous encourageait à la persévérance même aux moments troublés de notre vie professionnelle. Il a su, par l'exemple, imposer à ceux de son École, une discipline rigoureuse. La ponctualité, la précision et le travail d'équipe lui ont permis de faire de son service un centre comparable à ceux des grands maîtres de notre histoire. Et lorsque la mort est venue le ravir trop prématurément à ceux qui l'entouraient, il avait accompli une tâche formidable. Il laissait à sa famille le nom d'un grand chrétien et d'un grand patriote, à ses successeurs, une responsabilité colossale, celle de maintenir bien haut ce qu'il incarnait aux yeux du continent : l'urologie française. Car il avait gardé pour son maître, le professeur Marion, une fidélité et une affection qui se manifestèrent même durant les sombres jours de la dernière guerre, ayant trouvé le moyen de rester en correspondance avec lui. Les hommes passent, le temps demeure et l'enseignement doit continuer. C'est pourquoi, un deuxième grand nom canadien français est venu s'ajouter à ceux des grands maîtres du temps : il s'agit du Dr Paul Bourgeois.

Dr Paul Bourgeois

Le Dr Paul Bourgeois est né à Québec, le 17 mars 1903. En 1943, il fut chargé par le Conseil médical de l'hôpital Notre-Dame du nouveau service autonome de l'urologie à l'hôpital Notre-Dame. Il en devint le premier chef. En 1945, il fut nommé professeur agrégé en urologie à la faculté de médecine de l'Université de Montréal et, en 1949, professeur titulaire d'urologie à la même institution. Le service de l'hôpital Notre-Dame, sous la direction d'un homme de ce calibre, ne pouvait que grandir. te Dr Bourgeois a été de plus président du Conseil médical de l'hôpital Notre-Dame, de 1952 à 1954, et, de 1946 à 1954, il siégea aussi comme membre au niveau du Conseil d'administration. En 1954, il est nommé directeur général et secrétaire de la Corporation. En 1963, il est nommé administrateur délégué, et en 1968, il fut nommé aviseur et conseillé administratif. La production scientifique du Dr Paul Bourgeois est imposante et on s'inspire encore, nous, les plus jeunes, de ses travaux sur les fistules vésico-vaginales. Je devrai passer sous silence les différentes associations hospitalières auxquelles a été mêlé le Dr Bourgeois. Cette liste serait trop longue mais disons que ses mérites furent reconnus puisqu'il reçut, en 1928, la médaille d'or Sir William Hinkston, en 1928, le prix de la Banque d'Epargne de la Cité et du District de Montréal, en 1961, la plaque d'argent des anciens présidents de l'Association des hôpitaux du Québec, la médaille de bronze du Collège international des chirurgiens, la médaille de bronze des Hospices civils de Lyon, France, la médaille des anciens présidents de l'Association canadienne d'urologie, la médaille d'argent du centenaire du Canada, la croix d'officier de l'Ordre très vénérable de l'hôpital de Saint-Jean de Jérusalem. J'en passe sous silence, ne voulant pas blesser son humilité.

Dr Jean-Paul Bourque

Le Dr Jean-Paul Bourque est né à Bourget, en Ontario. Son père était médecin mais mourut prématurément, sans avoir pu faire bénéficier son fils de toute l'expérience acquise. En Juin 1931, à la fin de ses études à l'Université d'Ottawa, Jean-Paul obtint son baccalauréat ès arts ainsi qu'un certificat d'études pré médicales. De là, il s'inscrivit à la Faculté libre de Lille, en France, et devint interne des hôpitaux de cette faculté, en 1936. De 1936 à 1938,. il occupa le poste d'assistant étranger au Service d'urologie de la polyclinique Saint Philibert de Lille, dirigée à l'époque par le professeur Lepoutre. Ce que l'on sait moins et qui doit être dit, c'est le courage dont il fit preuve pour gagner l'argent nécessaire à la poursuite de ses études. En effet, la mort de son père l'ayant privé des moyens financiers immédiats, Jean-Paul Bourque, qui avait hérité tout de même d'une belle voix, s'engageait parmi d'autres artistes chargés de divertir les passagers d'une compagnie transatlantique, entre l'Amérique et l'Europe.

Revenu au Canada en 1938, le Dr Jean-Paul Bourque se présenta comme candidat au poste d'assistant dans le service d'urologie de l'Hôtel-Dieu, que dirigeait le professeur Oscar Mercier. Engagé comme assistant bénévole, puis comme assistant régulier, le Dr Jean-Paul Bourque fut nommé Chargé de service, conjointement avec son collègue, le Dr Jean-Paul Legault, en septembre 1945, c'est-à-dire à la mort du Dr Oscar Mercier. En juillet 1953 il devint chef d'une section du service, tandis que le Dr Jean-Paul Legault devint chef de l’autre section. À noter qu'à ce moment là, nous avions à l'Hôtel-Dieu de 80 à 100 malades dans le service d'urologie. La production scientifique du Dr Jean-Paul Bourque a été extraordinaire. Il s'est attaqué au problème des vessies douloureuses. Il a pratiqué à plusieurs reprises l'intervention de Richet afin de soulager ces malades dont les douleurs hypogastriques sont épouvantables. Il s'occupa aussi de la cure chirurgicale des tumeurs vésicales en pratiquant une cystectomie avec urétéro-sigmoïdostomie. Il devint aussi une autorité dans le problème des agrandissements vésicaux en utilisant soit la sigmoïde, soit l'iléon ou soit encore le cæcum.

Il fut président de la "Société canadienne d'urologie", délégué canadien à la "Société international d'urologie", président de "L"Académie canadienne d'urologie". Le Dr Bourque fut également parmi les fondateurs et anciens président du "Club urologique de Montréal", club fondé par les docteurs S. A. MacDonald, John T. McClean, Jean-Paul Legault et Jean-Paul Bourque. Il s'agissait d'un club où, pour la première fois, Canadiens français et Anglo-saxons fraternisaient dans des présentations scientifiques qui se faisaient tantôt en français, tantôt en anglais.

Les travaux scientifiques du Dr Jean-Paul Bourque lui ont valu des reconnaissances officielles. En 1936, il a obtenu le prix annuel du "Journal des Sciences médicales" de Lille. Le premier concours international du film urologique, tenu à Bruxelles, lui a décerné une médaille d'argent ; « l’Union médicale du Canada » lui a accordé un de ses prix annuels attribué en 1959 aux meilleurs articles parus dans l'année. Une compilation rapide des œuvres du Dr Jean-Paul Bourque montre qu'il a publié 100 articles dans différents journaux, tant locaux qu'étrangers.

La maladie a coupé court à la production scientifique du Dr Jean-Paul Bourque. E a été frappé à l'apogée de sa carrière et dès cet instant, il s'est discrètement retiré à l'écart.

De 1938 à 1960, il a accompli un travail énorme qui lui a valu des succès de clientèle et une réputation qui dépassait les frontières du Québec. Chirurgien formé à l'École française, il avait su adapter ses techniques aux critères nouveaux et le renouveau scientifique ne la jamais laissé indifférent.

Avec ses collègues, J.P.Legault et Georges Gauthier, il a maintenu à un rang élevé la réputation du service d'urologie de l'Hôtel-Dieu que le pionnier Oscar Mercier avait solidement établie.

Hôpital Maisonneuve-Rosemont

Cet hôpital universitaire fut fondé en 1955 et c'est en cette année que le service d'urologie.se vit confier l'enseigne ment sous gradué, et, par la suite, en 1960, l'enseignement post gradué en urologie. Il reçut son premier résident en urologie en, 1965. Le service fut dirigé d'abord par le Dr Roger Courteau, de 1955 à 1965, le Dr Paul Dessureault de 1965 à 1974, et enfin, le Dr Pierre Bertrand dirige le service depuis cette date. L'urologie pédiatrique fut d'abord la préoccupation principale de ce service dès sa fondation. À la fin des années '60, il participa très activement à la greffe rénale et permit à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont d'être le deuxième hôpital au Canada à pratiquer cette technique. Actuellement, ses champs d'intérêt sont : l'oncologie et la reproduction. Les docteurs Michel Auger et Paul Dessureault sont membres du service tandis que le Dr Pierre Bertrand en est le chef.

Hôpital Sainte Justine

L'histoire de Sainte Justine peut se diviser en deux phases; de la fondation en 1907, rue Saint-Denis, jusqu'à son déménagement dans l'hôpital du chemin Côte Sainte Catherine, en 1957, et de cette date à nos jours. L'urologie s'est développée parallèlement à ces deux phases. Au début des années '40, le docteur Paul Bourgeois fut demandé d'assumer le poste de consultant en urologie. Au début, il ne s'agissait que de consultation pour les cas les plus difficiles et les plus rares, car les maladies les plus courantes étaient traitées par les chirurgiens généraux

À la suite de l’abandon de l'urologie par le docteur Bourgeois pour occuper des fonctions administratives, le docteur J.P. Brault lui succéda comme consultant, en 1954. Il commença à développer davantage son . intérêt dans les reconstructions des anomalies congénitales : hypospadias, exstrophies vésicales, etc.. Au cours de la période de construction du nouvel hôpital, dont le déménagement et l'ouverture eurent lieu en 1957, il eut à prévoir et organiser la modernisation complète du service et de son appareillage. En 1958, le Dr Brault s'adjoignit les services du Dr Yvan Laberge comme consultant avec lui pour assurer les besoins d'un service en plein développement. À ce moment là, en effet, une évolution s'était faite dans la pathologie urologique avec la mise en évidence de relations existant entre l'infection urinaire et le reflux, et la publication par Politano et Leadbetter d'une technique de correction du reflux. Le travail se fit de plus en plus important et, en 1966, le docteur Laberge, médecin conseil dans le service de chirurgie, fut nommé chef du service d'urologie. C'est à partir de 1966 que la structure du service d'urologie pédiatrique permit aux résidents du programme d'urologie d'effectuer, chacun leur tour, un stage de 3 à 6 mois pour s'initier de façon plus intensive aux lésions infantiles et à leur traitement. Graduellement, le docteur Brault dut ralentir ses activités à Sainte Justine, et le docteur Laberge fit appel au docteur Gilles Béland pour le seconder. Il y fut très actif de 1969 à 1974, mais à son tour, il dut abandonner en raison d'une activité grandissante à l'hôpital Notre-Dame. Le docteur Yves Homsy fut admis à temps complet dans le service d'urologie, en janvier 1975. Il avait terminé sa résidence en urologie à McGill. En plus de stages prolongés à l'hôpital Montreal Children's et à l'hôpital Sick Children's à Toronto, il a ajouté une année entière de formation pédiatrique en recherches fondamentales et cliniques avec Lattimer à New-York et avec Hendren à Boston. Il revenait donc avec l'enthousiasme voulu pour assurer un nouvel essor au service, et en 1978, il succédait au docteur Laberge comme chef de service. Il réussit, malgré toutes les difficultés financières, à développer l'urodynamique si nécessaire maintenant à diagnostiquer les troubles mictionnels. Et depuis un an, le docteur Erik Schick se joint également au, service pour ajouter son expertise dans le domaine de l'urodynamique.

L'urologie pédiatrique à l'hôpital Children's Memorial

C'est en 1920 qu'on commença à s'occuper du traitement des lésions de l'appareil génito-urinaire en tant que telles à l'hôpital Children's Memorial. Cette même année là, le docteur Ruper Derome fut nommé chirurgien traitant en urologie et responsable d'une clinique tenue une fois par semaine le samedi matin. On traita 47 patients dans l'hôpital cette, année là. Puis, en1933, le docteur D.W.Mackenzie devint directeur du département de chirurgie génito-urinaire. On conserva la clinique hebdomadaire du samedi matin. L'année où le docteur Hawthorne devint directeur du département, soit 1940, 250 enfants y furent traités. L'année suivante, on institua, à l'hôpital Children's Memorial, un programme de formation en urologie pédiatrique à l'intention des résidents.

Lorsque l'hôpital Children's Memorial emménagea dans ses nouveaux locaux en 1956, le docteur K.J. MacKinnon fut nommé directeur du déparlement pour remplacer le docteur Hawthorne, devenu chef de l'urologie à l'hôpital Royal Victoria. Cette année là, on opéra 438 patients. Une ère nouvelle pour le traitement des anomalies congénitales débutait. .

Le service d'urologie de l'hôpital Montréal Children's dispense depuis longtemps des soins aux enfants. Il continue d'offrir des services consultatifs et ses cliniques externes et internes sont très achalandées. Les résidents de l'université McGill et de l'université de l'Illinois peuvent y poursuivre leur formation. La recherche fait aussi partie intégrante des activités de ce service.

Me voici arrivé au terme de cet exposé, bien incomplet sans doute, j'en appelle à votre indulgence ! mais où j'ai essayé de retracer pour vous l'historique de l'urologie montréalaise. De grands noms demeurent attachés à son évolution, à ses succès, au travail profond et bénéfique qui n'a jamais cessé de s'y manifester. Aujourd'hui encore, les dévouements et les compétences ne manquent pas. Ce sont les moyens matériels, c'est vrai, qui bien souvent, dans le passé, nous ont fait défaut. Ailleurs, d'autres collègues ont eu plus de chance et nous les en félicitons. Mais maintenant, dans notre milieu, avec des moyens renouvelés, avec l'esprit qui nous anime, nous ne relâchons pas nos efforts. Les retards qui ont pu freiner le secteur "recherche" se rattrapent sensiblement d'année en année et il est permis d'espérer que, dans ce domaine, nous pourrons œuvrer, ici, pour le bien de tous.

C'est notre but, c'est également le vôtre mes chers collègues, et je vous laisserai sur ces mots d'espoir qui faisaient dire à un poète montréalais:


« Penché sur mon mal, O'Docteur
Avec talent et conscience
Songe qu'en plus de ta science
J'ai aussi besoin de ton coeur. »